rôle des femmes et d’autres groupes traditionnellement marginalisés dans la société et de signaler les actes de violence à leur égard » [para. 292]. La Cour a ensuite contesté l'idée selon laquelle le journalisme doit être neutre, notamment en ce qui concerne les droits de l'homme et les droits des femmes. Pour la Cour, il est naturel que les médias, en raison de leur autonomie, défendent des idées politiquement diverses, tant qu'elles le font de manière professionnelle et rigoureuse. En ce qui concerne le harcèlement judiciaire, la Cour a estimé que son objectif est de réduire au silence l’expression, généralement sur des questions d’intérêt public en abusant du système judiciaire. L’harceleur dispose souvent d’abondantes ressources pour couvrir sa représentation judiciaire et les frais de justice. De plus, dans les cas de harcèlement judiciaire, il existe un déséquilibre de pouvoir entre les parties dans lequel la plus puissante « rend impossible de satisfaire les demandes, en particulier les dommages-intérêts excessifs » [para. 305]. La Cour a souligné le fait que le harcèlement judiciaire transmet également un message d'avertissement aux autres citoyens de garder le silence, et crée donc un effet dissuasif sur l'expression. Après avoir détaillé le cadre juridique susmentionné, la Cour a analysé le cas en espèce. La Cour a commencé par souligner le parcours professionnel de Ruiz-Navarro et Londoño en tant que journalistes et militantes féministes, traitant du harcèlement et des abus sexuels, ainsi que d'autres problèmes qui touchent principalement les femmes et la communauté LGTBI. La Cour a ensuite qualifié l’article publié de « recueil des voix, pensées, sentiments et émotions de huit femmes anonymes dont l’existence ne sera pas remise en question par la Cour » [para. 321]. Consciente du rôle social important du journalisme féministe contre les institutions patriarcales, la Cour a expliqué que son analyse se fera dans une perspective sexospécifique qui prend en considération « le déséquilibre du pouvoir entre les parties et le fait que la voix de Volcanica relaie d’autres voix protégées par la Constitution » [para. 323]. Pour la Cour, l’article litigieux a recueilli huit témoignages de femmes concernant « des situations dans lesquelles Ciro Guerra Picón s’est approché, a prononcé des expressions ou a commis des actes de nature sexuelle, sans leur consentement » [para. 326]. La Cour a souligné que cinq de ces témoignages étaient très détaillés. L’article continent des captures d’écran de conversations Whatsapp et de l’application Uber, ainsi que des témoignages d’amis proches des victimes. Après chaque témoignage, Ruiz-Navarro et Londoño font des commentaires éditoriaux pour mettre en évidence les modèles de comportement de Guerra, « tissant ainsi un récit complexe sur la façon dont les déséquilibres de pouvoir, les offres d'emploi, la renommée et la diffamation au sein du cercle social des médias audiovisuels conduisent aux événements rapportés » [para. 328]. Pour creuser davantage les conflits en matière de liberté d’expression, la Cour a analysé les critères suivants : (1) qui communique, (2) au sujet de qui ou (3) au sujet de quoi, (4) à qui l’information est-elle communiquée et (5) comment est-elle communiquée ? Pour répondre à la première question, la Cour a jugé que deux journalistes féministes ont écrit l’article pour Volcánicas, un média numérique indépendant qui couvre des questions pertinentes portant sur l’aspect genre et sur le féminisme. En réponse aux questions deux et trois, la Cour a mentionné que l’article faisait état d’accusations de harcèlement et d’abus sexuels (un sujet d’intérêt social et politique lié aux droits des femmes à une vie exempte de violence et de discrimination) contre Ciro Guerra Picón, un cinéaste de renom. Concernant la quatrième question, la Cour a considéré que Volcánicas est un média ouvert à tous et dont l'accès est gratuit. Son public est composé de « personnes intéressées par le féminisme et les débats autour des questions portant sur le genre » [para.351]. Pour répondre à la cinquième question, la Cour a mentionné que

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