l’action de tutelle – au nom des journalistes Victoria Eugenia Dávila, Camila Zuluaga Suárez, Lina María
Peña, Lariza Pizano Rojas, Andrea Dávila Claro, María Jimena Duzán, Claudia Guristatti, Máryuri Trujillo
et Cecilia Orozco (ci-après, les requérantes), ont intenté une action de tutelle contre le Conseil national
électoral après avoir été victimes de nombreuses attaques misogynes et sexistes sur le réseau social Twitter.
Les requérantes ont fait valoir que la violence en ligne sur les réseaux sociaux est une nouvelle forme
d’agression contre les femmes journalistes en raison de leur sexe.Elles ont expliqué que les journalistes avaient
reçu des attaques en ligne de nature misogyne et sexualisée en réponse à leur travail journalistique. Par
conséquent, elles ont considéré que leurs droits à la liberté d’expression, à la non-discrimination, à la dignité
humaine et à l’intégrité physique avaient été violés.
À titre d’exemple, les requérantes ont montré qu’à plusieurs reprises, après avoir publié des enquêtes
journalistiques d’intérêt public contre des politiciens colombiens, les journalistes ont reçu les insultes
suivantes sur le réseau social Twitter : « commérage envieux » (chismosa envidiosa) ; « Sorcière de guérilla »
(Bruja Guerrillera) ; « Vieille maigrichonne » (Vieja Flacuchenta) ; « Grosse bonne femme » (Gordita) ; «
journaliste sans vergogne, de gauche, misérable, corrompue et médiocre » (sinvergüenza, de izquierda,
miserable, corrupta, y periodística de pacotilla) ; « la vérité, Colombiens, cette femme @MJDuzan devrait être
violée, crachée dessus, coupée à la tronçonneuse et pendue sur la Place Bolivar, honorons le nom des
paramilitaires » (sic) (la verdad colombianos, hagan que a esta mujer @MJDuzan la violen, la escupan, la
corten con una motosierra y la cuelguen en la plaza bolivar, honren el nombre de los paramilitares);
« psychopathe folle » (psicópata loca); « femme dégoûtante, mère dégoûtante » (asco de mujer, asco de
madre) ; « Tueuse à gage » (Sicaria) ; « combattante de la liberté déguisée en journaliste » (guerrillera
disfrazada de periodista), parmi bien d’autres propos agressifs et misogynes faits, ou instigués, dans de
nombreux cas par des militants politiques.
Les requérantes ont ajouté que ces propos « sont discriminatoires et infantilisent la profession des femmes
journalistes, [et] dans certains cas, les commentaires incluent des membres de leur famille et invoquent leur
rôle de mères ». [para. 4]
En outre, les requérantes ont allégué que le Conseil électoral national, les partis politiques et les mouvements
sociaux n’avaient pris aucune mesure pour faire cesser la violence et n’avaient pas sanctionné les responsables
des insultes misogynes.
Par ailleurs, les requérantes ont expliqué qu’il existait un modèle de violence sexiste dans les milieux
numériques contre les femmes journalistes qui « profite à certains groupes ou acteurs politiques par le biais
de stratégies de désinformation, d’amplification et d’intimidation ». [para. 2] Elles ont fait remarquer que ces
agressions en ligne étaient des menaces qui mettaient en danger leur liberté d’expression, leur intégrité
physique et leur santé, et qui provoquent finalement l’autocensure chez les femmes journalistes.
Enfin, les requérantes ont demandé une déclaration du pouvoir judiciaire expliquant que le Conseil électoral
national ne dispose pas d’un mécanisme pour traiter les plaintes qui portent sur la violence sexiste numérique.
Elles ont également demandé l’instauration d’un mécanisme pour traiter ce type de plaintes. Elles ont, par
ailleurs, demandé au Conseil électoral national de publier une déclaration publique sur le devoir des partis
politiques et des mouvements sociaux de respecter la liberté de la presse et l’importance des femmes