Volcánicas a communiqué par le biais d'un travail de journalisme d'investigation publié par un média
indépendant et féministe. L'article a été diffusé en trois langues différentes pour toucher un public plus large.
La Cour a souligné le fait qu’il était facile de faire la distinction entre les témoignages des victimes et les
commentaires éditoriaux des journalistes. De plus, la Cour a noté que l'article contient aussi « la transcription
de l'appel téléphonique avec Ciro Guerra » [para. 352].
Ensuite, la Cour a mentionné qu’un examen plus approfondi pourrait être envisagé en ce qui concerne les
personnalités publiques comme Guerra, qui jouit d’une reconnaissance sociale importante de par ses œuvres.
Ses films ont été sélectionnés pour un Oscar et il a « obtenu des fonds publics pour les réaliser et a représenté
le pays dans différents festivals de cinéma à travers le monde » [para. 356]. Par ailleurs, la Cour a rappelé que
les expressions qui défendent le féminisme et les questions relatives à l’égalité homme-femme bénéficient
d’une protection spéciale, particulièrement lorsqu’elles portent sur « le harcèlement, les mauvais traitements
et la violence sexuelle. [Ces questions] ne sont pas seulement d’intérêt public, mais aussi indispensables pour
comprendre la discrimination structurelle » [para. 355].
Après avoir analysé, un par un, chacun des témoignages présentés dans l'article et les commentaires éditoriaux
respectifs, la Cour a fait valoir qu'ils n'enfreignaient pas les droits de Guerra. La Cour a estimé que la structure
de l'article permettait au lecteur de distinguer la voix de la victime de celle des journalistes. Le Tribunal a
également jugé que les témoignages et les commentaires éditoriaux, en raison du sujet qu'ils traitent,
bénéficient d'une protection constitutionnelle spéciale et que le principe de véracité a été respecté par les
journalistes puisque leur travail de recherche et les opinions qu’elles ont ultérieurement émises démontraient
leur rigueur et leur fiabilité.
La Cour a également déclaré que les efforts journalistiques ne devraient pas être conditionnés par « l'existence
d'une décision pénale rendue par un juge, car cela viderait de son sens le journalisme de dénonciation et la
fonction préventive de l’escrache et du journalisme féministe » [para. 373]. Par conséquent, les médias n'ont
pas à attendre une décision de justice pour signaler et exercer leur liberté d'expression sur des questions
d'intérêt public.
La Cour a observé, une fois de plus, que les informations contenues dans l'article constituaient une forme de
discours protégé pertinent pour la création d'espaces plus sûrs pour les femmes. Elle a estimé que les
accusations exprimées dans l'article permettent aux lecteurs de bien comprendre « comment l’inégalité dans
le rapport de force conduit-elle à des situations dans lesquelles les victimes sont dans l’incapacité de résister,
non seulement aux actes d'imposition physique [...], mais aussi mentaux et psychologiques, en utilisant une
position dominante dans le milieu de travail et dans la reconnaissance publique […] pour intimider et faire
pression sur les victimes » [para. 389].
La Cour a jugé que les défendeurs n’avaient pas l’intention de nuire au demandeur, mais plutôt de mettre au
jour des accusations bien documentées et conformes aux normes journalistiques actuelles concernant la
violence à l’égard des femmes dans un contexte où cette question est très pertinente, étant donné qu’à Bogotá,
le taux de violence sexuelle augmente chaque année de 8,86 %, les femmes représentant des victimes
surreprésentées (plus de 80 %) »[para. 390]. Ainsi, de l’avis de la Cour, Ruiz-Navarro a agi sans réelle
malveillance et a fait rapport sur une question d’intérêt public.
En ce qui concerne les entretiens accordés par Ruiz-Navarro à plusieurs médias, la Cour a estimé que ces
entretiens ne constituaient pas non plus une violation des droits de Guerra. Pour parvenir à cette conclusion,
la Cour a pris en considération le fait que (1) les déclarations ont été faites par une journaliste féministe (2) en
référence à un article sur une question d’intérêt public (3) dans lesquelles la journaliste a utilisé un langage
qui montrait clairement qu’elle présentait des opinions, plutôt que de transmettre des informations, et (4) que