le public était la société en général, lequel a un intérêt légitime dans l’affaire en question. Par conséquent, la Cour a jugé que Ruiz-Navarro a exercé légitimement son droit à la liberté d’opinion. Cette expression bénéficie également d’une protection spéciale. La Cour a également considéré que le principe d’impartialité a été respecté lorsque Ruiz-Navarro et Londoño ont inclus dans leur article la transcription de l’appel téléphonique passé à Guerra. Pour la Cour, ce principe peut être plus souple dans les cas d’accusations de violence sexuelle, pour éviter « une nouvelle victimisation par la répétition incessante des événements […] et ne doit pas conduire à un espace de confrontation entre les victimes et la personne qu’elles considèrent comme leur agresseur » [par. 422]. La Cour a également mentionné que c'est Guerra qui a décidé de ne répondre que de manière monosyllabique aux différentes questions posées par les journalistes, mettant ainsi fin « à la possibilité de présenter une version plus développée ou une autre version des faits » [para. 422]. En ce qui concerne la question du harcèlement judiciaire à l'encontre de Ruiz-Navarro et de Londoño, la Cour a conclu que plusieurs de ses éléments étaient présents ici. La Cour a estimé qu'il y avait un déséquilibre entre les parties étant donné que le requérant est une personne publique qui bénéficie d'une large reconnaissance sociale au niveau national et international, et qu’il dispose de vastes ressources économiques pour couvrir les frais des différentes procédures judiciaires qu'il a engagées contre les défendeurs. La Cour a également noté que Guerra a eu recours à différentes avenues judiciaires et extrajudiciaires pour exiger des dommages-intérêts qu'un média naissant ne serait pas en mesure de payer. Plus précisément, Guerra a demandé la rétractation ou le retrait de l’article. Au cours de la procédure pénale, il a demandé des dommages-intérêts de 150.000.000 de pesos et dans une action civile, il a demandé 875 000 USD. De plus, la Cour a noté une tendance à l'abus lorsque Guerra a demandé que les défendeurs s'abstiennent de nommer le réalisateur en rapport avec des événements criminels. La Cour a jugé qu'il s'agissait d'une forme de restriction préalable ou de censure, interdite par la loi. En fin de compte, la Cour a considéré que Guerra avait engagé plusieurs procédures faisant des revendications monétaires disproportionnées et exigeant la censure. À la lumière de ces constats, la Cour a estimé que Ruiz-Navarro et Londoño n'avaient pas violé les droits de Ciro Guerra à l'honneur, à la réputation et à la présomption d'innocence, annulant donc la décision de deuxième instance et rejetant l'action intentée par le demandeur. La Cour a également ordonné qu'une copie de sa décision soit envoyée au juge du district 47 de Bogotá et au procureur local 292 chargé des procédures civile et pénale intentées par Guerra contre Ruiz-Navarro et Londoño pour les informer des lignes directrices établies par la Cour concernant le harcèlement judiciaire et l'exercice abusif du droit d'accès à la justice, ainsi que de la nécessité de résoudre les affaires de discrimination à l'égard des femmes à travers une perspective de genre. Sens de la décision Elargit le champ d’expression Dans cette décision historique, la Cour constitutionnelle de Colombie a largement protégé la liberté d’expression sur plusieurs fronts. La Cour a souligné les protections spéciales accordées au journalisme féministe, aux reportages sur la violence fondée sur le genre et à l'escrache en tant que questions sociétales urgentes d'intérêt public. En outre, la Cour a élargi le champ de la liberté d'expression en protégeant de la

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