ARRÊT PATRÍCIO MONTEIRO TELO DE ABREU c. PORTUGAL – OPINIONS SÉPARÉES
projets de lois nationales et/ou provinciales ou locales contre la violence à
l’égard des femmes en politique.
28. S’il est possible d’avoir une législation spécifique en la matière, il est
aussi possible de modifier la législation sur la violence à l’égard des femmes
ou celle contre la discrimination, lorsqu’elle existe, pour y inclure une
référence à la question de la violence à l’égard des femmes en politique et
renvoyer le cas échéant aux dispositions pénales existantes. De plus, dans les
systèmes de common law, la jurisprudence détaillant les décisions judiciaires
antérieures peut aider à établir un précédent juridique pour l’utilisation de
dispositions pénales, civiles ou électorales afin de statuer sur des affaires de
violence à l’égard des femmes en politique, lorsqu’il n’existe pas de
législation autonome en la matière.
29. L’introduction de réformes législatives ou l’élargissement des
dispositions électorales ou pénales existantes pourraient également répondre
à la violence à l’égard des femmes en politique, en prévoyant des peines ou
des sanctions en cas de violence lors des élections, en interdisant le vote
familial, en donnant mandat et pouvoirs en matière de sécurité aux organes
d’administration électorale, ou en adoptant des codes de conduite incluant des
dispositions sur la discrimination, le discours de haine et la violence à l’égard
des femmes en politique, en particulier.
Étude de cas : Réforme législative en Amérique latine et en Tunisie
30. Tous les pays d’Amérique latine sont parties à la Convention
interaméricaine sur la prévention, la sanction et l’élimination de la violence
contre la femme (1994), qui protège les droits politiques des femmes
(article 5). Après avoir signé la Convention, tous les pays de la région ont
réformé leur législation sur la violence à l’égard des femmes, en modifiant et
en élargissant leurs dispositions pénales pour y inclure des infractions de
violence à l’égard des femmes.
31. En 2012, la Bolivie a adopté la première et seule loi au monde sur la
violence à l’égard des femmes en politique (loi no 243 contre le harcèlement
et/ou la violence politique à l’égard des femmes). La loi bolivienne est
importante en ce qu’elle définit dix-sept actes distincts de violence à l’égard
des femmes en politique et les sanctions qui s’y appliquent, et prévoit des
mécanismes de suivi pour surveiller l’application de la loi, y compris un
Observatoire national de l’égalité de genre, auquel les incidents peuvent être
signalés.
32. En 2017, la Commission interaméricaine de la femme (CIM) et le
MESECVI (mécanisme de suivi de la Convention de Belém do Pará) ont
publié une loi type similaire s’appuyant sur l’expérience acquise à l’échelle
régionale, ainsi qu’un protocole type pour les partis politiques.
33. Des lois adoptées en Argentine (2010) et au Salvador (2011)
reconnaissent désormais la sphère politique comme un espace dans lequel la
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