ARRÊT PATRÍCIO MONTEIRO TELO DE ABREU c. PORTUGAL - OPINIONS SÉPARÉES la Cour sur la liberté d’expression politique : la représentation visiblement sexiste des femmes politiques dans les caricatures politiques sur le blog d’un concurrent. À l’instar de notre collègue la juge Motoc, nous estimons que c’est à juste titre que les juridictions internes ont relevé les stéréotypes liés au genre, visibles et dénigrants, qui étaient exprimés dans les caricatures litigieuses. Les tribunaux ont eu raison d’inclure cet aspect dans leur analyse de la proportionnalité. Les images représentant Mme E.G. comme une prostituée sous l’apparence d’une truie à moitié nue, avec des bas de dentelle, un porte-jarretelle et des talons hauts, à côté du maire, ont porté atteinte non seulement à son honneur et à sa réputation en général, mais aussi à ses qualifications professionnelles et à sa crédibilité en tant que femme politique. Cela est d’autant plus visible qu’elle a été la seule à être représentée de manière sexiste, ses collègues masculins ne l’ont pas été. Le requérant lui-même n’a pas soutenu que l’intéressée avait provoqué ce style ou qu’elle avait été la première à l’attaquer (voir, a contrario, Vereinigung Bildender Künstler c. Autriche, no 68354/01, § 34, 25 janvier 2007, Oberschlick c. Autriche (no 2), 1er juillet 1997, § 33, Recueil 1997-IV). Même la satire doit accepter certaines limitations (Nikowitz et Verlagsgruppe News GmbH c. Autriche, no 5266/03, § 19, 22 février 2007). Les stéréotypes liés au genre ouvrent la voie au mépris et à la discrimination à l’égard des femmes dans la vie professionnelle, et en particulier dans la vie politique. Si leur utilisation ne devrait pas en général faire l’objet de poursuites pénales, toutes les autorités de l’État doivent faire preuve de sensibilité dans les cas où des femmes sont victimes de tels stéréotypes, qu’il s’agisse de publications sérieuses ou de satire. Elles doivent également être conscientes de l’« effet dissuasif » que pareille utilisation pourrait avoir à l’égard d’autres femmes qui souhaiteraient entreprendre ou poursuivre une carrière politique. L’article 14 de la Convention interdit la discrimination fondée sur le sexe, et une attaque fondée sur le genre à l’égard d’une femme ne saurait se justifier au simple prétexte qu’il s’agit d’une remarque satirique. L’égalité des sexes en politique est loin d’être réalisée. L’aspect positif de cette affaire est que les juridictions internes ont reconnu que la réputation de femme politique de Mme E.G. nécessitait une protection particulière sur le terrain de l’article 8. 32

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