Le 10 juin 2021, Jonathan Bock Ruiz, directeur exécutif de la FLIP, Raissa Carrillo Villamizar, Daniela Ospina
Noriega, conseillères juridiques de la FLIP, Carolina Botero, directrice de la Fondation Karisma, et Elisa Lees
Muñoz, directrice exécutive de l’International Women’s Media Foundation, ont demandé à la Cour
constitutionnelle de Colombie de réexaminer cette affaire afin d’élargir la jurisprudence concernant la violence
en ligne à l’égard des femmes journalistes.
Les requérantes, ainsi que le reste des organisations, ont expliqué « qu’il n’existe aucune réglementation
normative concernant la protection contre la violence en ligne provoquée et instiguée par certaines
personnalités politiques ». [para. 20] En outre, elles ont fait valoir que les partis politiques devraient assumer
une plus grande responsabilité envers les actes de violence contre les femmes commis par leurs membres et
leurs candidats. Elles ont déclaré que les partis politiques ont le devoir de prendre des mesures disciplinaires
contre leurs affiliés et leurs membres lorsqu’ils publient des commentaires agressifs contre les femmes
journalistes.
De plus, les requérantes ont expliqué que la violence politique fondée sur le genre exige une analyse rigoureuse
et une pondération ou une mise en balance des droits puisque, dans certaines circonstances, elle pourrait avoir
des effets contraires aux discours politiques protégés par la liberté d’expression.
En revanche, la décision du Tribunal administratif de Cundinamarca n’a pas été contestée par le Conseil
électoral national, ni par les autres parties impliquées dans le processus.
Aperçu de la décision
Le juge José Fernando Reyes Cuartas a rendu l’avis de la neuvième chambre de révision de la Cour
constitutionnelle de Colombie. La Cour devait décider si le Conseil électoral national avait violé les droits des
requérantes à la liberté d’expression et d’opinion, à la non-discrimination, à la dignité humaine, à la vie et à
l’intégrité « en ne sanctionnant pas les acteurs, les partis et les mouvements politiques qui auraient encouragé
ou toléré les agressions en ligne dont [les femmes journalistes] ont été victimes après la publication de leurs
enquêtes journalistiques ». [para. 37]
Les requérantes ont fait valoir que le Conseil électoral national avait violé leurs droits à la liberté d’expression,
à la non-discrimination, à la dignité humaine, à la vie et à l’intégrité pour n’avoir pris aucune mesure pour
mettre fin à la violence misogyne en ligne dont elles étaient victimes en raison de leur travail journalistique.
Les requérantes ont également fait remarquer qu’il existait une tendance à la violence en ligne contre les
femmes journalistes, tendance encouragée par certains groupes ou acteurs politiques qui ont bénéficié du
harcèlement que les journalistes femmes avaient subi par des stratégies d’intimidation, de menaces et de
désinformation. Les requérantes ont déclaré que la présente affaire offrait à la Cour constitutionnelle
colombienne l’occasion d’éradiquer ces schémas de violence sexiste en ligne sur les réseaux sociaux, tels que
Twitter.
La Cour a d’abord examiné le phénomène de la violence en ligne à l’égard des femmes journalistes. D’une
manière générale et a rappelé que la Convention interaméricaine sur la prévention, la sanction et l’élimination
de la violence à l’égard des femmes ou « Convention de Belém do Pará » établissait à l’article 1 que la