ARRÊT PATRÍCIO MONTEIRO TELO DE ABREU c. PORTUGAL
leurs faits et gestes tant par les journalistes que par la masse des citoyens ; ils
doivent, par conséquent, montrer une plus grande tolérance (Magyar Jeti Zrt
c. Hongrie, no 11257/16, § 81, 4 décembre 2018). Une personnalité politique
a certes droit à voir sa réputation protégée, même en dehors du cadre de sa
vie privée, mais les impératifs de cette protection doivent être mis en balance
avec les intérêts de la libre discussion des questions politiques, les exceptions
à la liberté d’expression appelant une interprétation étroite (voir Stern Taulats
et Roura Capellera c. Espagne, nos 51168/15 et 51186/15, § 32, 13 mars
2018, et les références qui y sont citées). En outre, si le droit à la protection
de la réputation est un droit qui relève, en tant qu’élément de la vie privée, de
l’article 8 de la Convention, pour que l’article 8 entre en ligne de compte,
l’attaque à la réputation personnelle doit atteindre un certain niveau de gravité
et avoir été effectuée de manière à causer un préjudice à la jouissance
personnelle du droit au respect de la vie privée. Cette condition vaut pour la
réputation sociale en général et pour la réputation professionnelle en
particulier (Medžlis Islamske Zajednice Brčko et autres c. BosnieHerzégovine [GC], nos 17224/11, §§ 76 et 105-106, 27 juin 2017).
37. Dans les affaires comme en l’espèce où elle est appelée à se prononcer
sur un conflit entre deux droits également protégés par la Convention, la Cour
doit effectuer une mise en balance des intérêts en jeu. L’issue de la requête
ne saurait en principe varier selon qu’elle a été portée devant elle, sous l’angle
de l’article 8 de la Convention, par la personne faisant l’objet de l’œuvre ou,
sous l’angle de l’article 10, par son auteur. En effet, ces droits méritent
a priori un égal respect. Dès lors, la marge d’appréciation devrait en principe
être la même dans les deux cas (Bédat, précité, § 52). Dans ce contexte, les
critères pertinents à prendre en considération sont la contribution à un débat
d’intérêt général, la notoriété de la personne visée, l’objet du reportage, le
comportement antérieur de la personne concernée, le contenu, la forme et les
répercussions de la publication, ainsi que, le cas échéant, les circonstances de
la prise des photographies. Dans le cadre d’une requête introduite sous l’angle
de l’article 10, la Cour vérifie en outre le mode d’obtention des informations
et leur véracité ainsi que la gravité de la sanction imposée aux journalistes ou
aux éditeurs (Couderc et Hachette Filipacchi Associés c. France [GC],
no 40454/07, § 93, CEDH 2015). Si la mise en balance de ces deux droits par
les autorités nationales s’est faite dans le respect des critères établis dans la
jurisprudence de la Cour, il faut des raisons sérieuses pour que celle-ci
substitue son avis à celui des juridictions internes (Palomo Sánchez et autres
c. Espagne [GC], nos 28955/06 et 3 autres, § 57, CEDH 2011).
38. La Cour rappelle enfin que, grâce à leur accessibilité ainsi qu’à leur
capacité à conserver et à diffuser de grandes quantités de données, les sites
Internet, qui incluent les blogs et les médias sociaux (Magyar Helsinki
Bizottság c. Hongrie [GC], no 18030/11, § 168, 8 novembre 2016),
contribuent grandement à améliorer l’accès du public à l’actualité et, de
manière générale, à faciliter la communication de l’information (Delfi AS
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