Par la suite, la Cour a rappelé que certaines formes de discours bénéficient d'une protection spéciale en raison
de leur importance et de leur impact. C'est le cas de l'expression qui sert à dépeindre et à dénoncer la violence
sexiste à l'égard des femmes. Par référence aux décisions T-239/2018 et T-361/2019, la Cour a statué que la
violence sexiste est une question d'intérêt public et que les discussions portant sur ce sujet visent à défendre
les droits humains d'un groupe traditionnellement marginalisé. Par conséquent, protéger ce discours aide à
lutter contre la discrimination.
En outre, la Cour a également mentionné la recommandation générale n ° 35 sur la violence à l'égard des
femmes fondées sur le genre du Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes
(CEDAW). Selon cette recommandation, les États doivent encourager le signalement des violences à l'égard
des femmes fondées sur le genre et promouvoir et renforcer les mécanismes judiciaires permettant de
poursuivre en justice le harcèlement et les abus sexuels.
La Cour a ensuite mentionné, respectant le précédent qu'elle a créé dans la décision T-275/2021, que « la
Constitution protège le droit des femmes de porter des accusations sur les réseaux sociaux lorsqu'elles sont
victimes de discrimination, de violence, de harcèlement et d'abus » [para. 254]. Ces accusations contribuent à
la prévention et à la poursuite des violations des droits des femmes. La Cour a également estimé que ces
accusations ne devaient pas être réduites au silence, notamment au vu des obstacles auxquels les femmes sont
confrontées pour accéder aux voies de recours judiciaires. Par conséquent, « la société et l'État doivent
protéger les femmes qui utilisent les médias sociaux comme une « soupape d’échappement» lorsque les
mesures judiciaires ou administratives ne sont pas suffisantes, appropriées, sûres et rapides » [para. 254].
En se référant à la décision T-289/2021, la Cour a soutenu que les principes de véracité et d'impartialité sont
plus souples en ce qui concerne une personne qui raconte une expérience personnelle, « en particulier si elle
a été victime d'un crime » [para. 258]. Dans de tels cas, la Cour a estimé que les femmes qui racontent leur
histoire ne devraient pas être obligées d’utiliser le conditionnel, d’exprimer leur scepticisme ou d’être
confrontées à leur agresseur. En outre, lorsqu’ils évaluent la tension entre la liberté d’expression et le droit à
l’honneur et à la réputation, les juges devraient prendre en considération la bonne foi de la victime et la
protection particulière accordée à l’expression des violences basées sur le genre.
La Cour a également souligné l'importance des femmes dans les médias. Citant la décision T-140/2021, elle
a soutenu que les femmes dans le journalisme favorisent la diversité et renforcent la démocratie, et
« permettent des transformations juridiques, politiques, sociales, économiques et culturelles indispensables à
l'éradication de la discrimination et de la violence à l'égard des femmes » [para. 264].
La Cour a ensuite analysé « l’escrache », « une stratégie féministe consistant à faire connaître au public des
épisodes de harcèlement et d’abus sexuels » [para. 289] et à dénoncer les agresseurs, généralement par le biais
d'accusations sur les réseaux sociaux ou de manifestations publiques. La Cour a considéré que l'escrache
contribue à bâtir des réseaux de soutien et à prévenir de nouveaux actes de violence « en informant d'autres
femmes des dangers auxquels elles ont été confrontées » [para. 280].
En outre, la Cour a considéré l'escrache comme une forme de protestation et une expression artistique dont
l'intention est de soumettre au débat public des sujets qui ont été occultés : « c’est mettre en lumière quelque
chose d'inconnu à propos de quelqu'un, une action qui cherche à exprimer un non-dit, une invitation à la société
à aborder des sujets qui fâchent, mais nécessaires pour la transformer en un espace libéré de la violence » [par.
288].
À ce titre, la Cour a déclaré que l’escrache et le journalisme féministe sont des alliés qui se partagent un
dessein commun. La Cour a conclu que le journalisme féministe a pour mission de « mettre en évidence le