TelQuel menacé / Signez la pétition de soutien
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depuis le début du règne de Mohammed VI, est “en charge de la presse”. Que Ali el Himma et/ou
Bouzoubaâ me poursuivent en justice pour cette affirmation, s'ils veulent. La situation n'en sera que plus
cocasse !
C'est vrai, on attend encore les procès en appel, pour l'affaire Assali comme pour l'affaire Bouabid. Dois-je
écrire que “j'ai confiance en la justice d'appel” pour réparer cette double mascarade ? Je l'avais écrit il y a
deux mois, après la première affaire. Je ne vais pas l'écrire cette fois-ci. Parce que je n'ai plus aucune
raison d'avoir confiance en la justice marocaine, quelle que soit la juridiction. Les juges eux-mêmes ? Je
les plains plus que je ne les condamne. Comment pourraient-ils refuser d'exécuter une instruction ? C'est
carrément la Constitution qui le dit : les destins, les carrières des juges sont entre les mains du ministre
de la Justice, celui-là même qui donne (ou par qui passent) les instructions. La négation même de l'idée de
séparation des pouvoirs, fondatrice de toute démocratie ! Alors nos procès en appel, franchement… Je ne
me fais aucune illusion : ils se termineront comme on l’aura décidé à Rabat.
Je vais donc enjamber sans scrupules notre pauvre justice et m'adresser directement aux donneurs
d'ordres. Monsieur El Himma, Bouzoubaâ, ou qui que vous soyez :
• Sachez que vous ne nous faites pas peur. Vous avez entre vos mains un état, une puissance formidable
contre laquelle nous ne pouvons rien. Nous n'avons, pour notre part, que notre liberté d'écrire. En
attendant que vous nous l'ôtiez tout à fait, sachez que nous en userons jusqu'au bout. Que nous
continuerons à vous confondre, semaine après semaine. Que nous continuerons à vous mettre face à
vos responsabilités, et à laisser le public vous juger. Il n'a déjà pas une opinion flatteuse de vous, mais
continuez comme ça… Très vite, vous deviendrez les égaux d'un Driss Basri - votre maître hier, l'homme
qui vous a tout appris, et que vous traînez lâchement dans la boue aujourd'hui.
• Sachez que vous faites reculer le Maroc. Et que vous ne faites que saboter ce roi que vous prétendez
servir. Mohammed VI s'échine à trouver des solutions pour faire avancer son peuple et améliorer l'image
du Maroc dans le monde. Avec plus ou moins de bonheur, mais lui, en tout cas, essaye de faire avancer
les choses. Pendant ce temps, vous les faites reculer. En août, TelQuel avait titré sur les “100 raisons
d'être optimiste pour le Maroc”. Elles sont toujours valables. Mais il y a aussi des raisons d'être
pessimiste. Votre présence au pouvoir est au sommet de ces raisons.
• Et puisque nous parlons de TelQuel, allons-y franchement. Hlima Assali et Touria Bouabid, vous le savez
bien, ne sont que des fétus de paille, des plaignantes-prétextes dont vous instrumentalisez la soif de
justice (légitime) pour servir vos petits calculs (que vous croyez être de la grande politique). Au fond, ce
que vous reprochez à la presse indépendante en général, et à TelQuel en particulier, c'est de ne pas être à
votre botte. Oui, nous vous attaquons très souvent. Et vous le méritez. Oui, nous avons publié le salaire
du roi. Et nous en sommes fiers. Oui, nous avons écrit que le roi avait besoin d'un conseiller en
communication. Et nous le maintenons. Mais nous avons aussi écrit que la Moudawana, œuvre royale,
était une avancée capitale. Et ça aussi, nous le maintenons. Nous avons écrit que le roi a rendu justice
aux Amazighs. Et ça aussi, nous le maintenons. Nous avons écrit que l'IER, ou les grands chantiers
comme Tanger Med, étaient une bouffée d'oxygène pour le Maroc. Et ça aussi, nous le maintenons.
Comme nous maintenons, ne vous en déplaise, notre ligne éditoriale : souligner, avec plaisir, toutes les
avancées ; critiquer, avec force, tous les reculs. Nous pourrions, dans un élan de vengeance contre votre
acharnement, devenir des opposants acharnés et obstinés, “nous payer le système” sans nuances,
toutes les semaines. Mais nous ne vous ferons pas ce plaisir. Notre force, c'est notre crédibilité, et notre
sens de l'équilibre.
Aucun procès ne nous y fera renoncer.
Comptez sur nous, Messieurs, pour ne pas rester silencieux face à votre hold-up sur la démocratie. Vous
avez l'état, la justice et la police entre vos mains. Nous avons notre bonne foi, et le soutien de tous les
hommes et les femmes de bonne volonté. Nous ne cèderons pas. Nous nous battrons.
Casablanca, samedi 29 octobre 2005
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