29 AVRIL 2016
C.15.0052.F/17
Si, dans un État où le système juridique se fonde sur la force obligatoire
des précédents, un tel précédent, uniformément respecté par les juges appelés à
statuer ultérieurement sur la même question, constitue une loi au sens de l’article
10, § 2, de la Convention et 19, § 3, du Pacte, il n’en va pas de même de « la
doctrine et de la jurisprudence » dans un système juridique qui, tel le droit belge,
ne reconnaît pas la force obligatoire des précédents.
Il se déduit de l’article 53 de la Convention, selon lequel aucune des
dispositions de celle-ci ne peut s’interpréter comme limitant les droits et libertés
garantis par le droit d’une partie contractante, que, dans un tel système, la
« doctrine et la jurisprudence » ne peuvent être assimilées à une loi, au sens de
l’article 10, § 2, de la Convention.
Selon l’article 6 du Code judiciaire, les juges ne peuvent prononcer par
voie de disposition générale et réglementaire sur les causes qui leur sont
soumises. Il découle de ce principe, combiné avec les articles 10, § 2, de la
Convention et 19, § 3, du Pacte, qu’une restriction à la liberté d’expression –
laquelle inclut le droit de constituer des archives numériques à partir
d’informations déjà publiées et de les mettre à la disposition du public,
gratuitement ou contre rémunération –, ne peut se fonder sur la seule
jurisprudence si celle-ci ne repose pas sur une loi suffisamment claire, précise et
accessible.
2. L’arrêt attaqué fonde la condamnation du demandeur notamment sur
les motifs suivants : - « le droit à l’oubli est considéré par la doctrine et par la
jurisprudence comme faisant partie intégrante du droit au respect de la vie privée
tel qu’il est consacré par l’article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de
l’homme et des libertés fondamentales et par les articles 22 de la Constitution et
17 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques » ; - « le droit à
l’oubli numérique a tout récemment été consacré par la Cour de justice de
l’Union européenne » ; - « les principes dégagés par cet arrêt (soit l’arrêt rendu
par la Cour de justice de l’Union européenne dans l’affaire C-131/12) peuvent
[...] être transposés en l’espèce ».
C’est à tort que l’arrêt déduit des motifs précités que « le critère de
légalité requis pour pouvoir déroger au principe de la liberté d’expression est
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