Aperçu de la décision Le juge Moraes a examiné le rapport de l’expert indépendant. La question centrale soumise à la Cour était de savoir quelles mesures devaient être prises à l’égard des commentaires sur les médias sociaux. Le procureur général a fait valoir que la Cour devrait se limiter à ordonner à la police d’interroger officiellement les personnes faisant l’objet d’une enquête et d’ordonner aux opérateurs de conserver les publications et de mettre à disposition les données des abonnées de trois comptes Twitter. La Cour a conclu que la preuve démontrait une « possibilité réelle de l’existence d’une conspiration criminelle... portant sur la diffusion de fausses nouvelles ; d’attaques offensives contre des individus, contre les autorités et les institutions, parmi lesquelles la Cour suprême fédérale, avec un contenu de haine manifeste, de subversion de l’ordre et d’incitation à la violation de la normalité institutionnelle et démocratique ». La conspiration a été mentionnée dans les témoignages des membres de la Chambre des représentants comme étant dirigée par un « cabinet de la haine ». La Cour s���est appuyée sur ce témoignage et sur un rapport remis par la police qui démontrait qu’il y avait onze comptes Twitter qui se suivaient mutuellement et que « ces comptes ont commencé à publier des contenus négatifs et des attaques contre la [Cour suprême], à partir du 7 novembre 2019. Au départ, les publications n’utilisaient pas de hashtags, ou utilisaient le hashtag #STFVergonhaNacional [i.e. Disgrâce nationale de la Cour suprême] ». En conséquence, la Cour a ordonné qu’un certain nombre de mesures soient mises en œuvre contre les personnes faisant l’objet d’une enquête, notamment obtenir leurs relevés bancaires et effectuer des perquisitions et saisies à leur domicile et dans d’autres lieux. Elle a également ordonné la suspension des comptes Facebook, Twitter et Instagram des personnes soumises à l’enquête, ce que la Cour estimait « nécessaire pour mettre fin aux discours au contenu haineux, à la subversion de l’ordre et à l’incitation à briser la normalité institutionnelle et démocratique ». Après l’arrêt de la Cour suprême le 18 juin 2020, le juge Moraes a rendu une autre ordonnance. Se référant à un article de presse selon lequel les comptes contestés étaient toujours en ligne, l’article a noté que Twitter avait informé la Cour que la plateforme était incapable de se conformer à une décision ordonnant de manière générique la suspension des comptes, car Twitter ne pouvait pas déterminer quels comptes devaient être suspendus sur la base des informations (nom et matricule fiscal) initialement fournies par la Cour. La nouvelle ordonnance contenait les détails des comptes de chacune des personnes et a accordé à Twitter 24 heures pour s’y conformer. Après cette deuxième ordonnance, un rapport de police a été versé au dossier de la Cour indiquant que les comptes Twitter et Facebook étaient toujours accessibles par les utilisateurs se trouvant à l’extérieur du Brésil ou ceux qui se trouvent au Brésil en utilisant des réseaux privés virtuels via des serveurs à l’étranger, et que, sur Twitter, les utilisateurs pouvaient accéder aux comptes en changeant simplement leur localisation en indiquant autre chose que le Brésil dans leurs préférences. En conséquence, le 28 juillet 2020, le juge Moraes a examiné ce rapport et a conclu que Twitter et Facebook ne s’étaient pas pleinement conformés à l’ordonnance de la Cour, et a imposé à Twitter une amende de 20 000 BRL pour non-respect et lui a ordonné de bloquer le contenu des comptes « quel que soit le moyen utilisé pour accéder aux publications, ou l’adresse IP utilisée, que ce soit à partir du Brésil ou d’ailleurs".

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