religieuse ; la manifestation pacifique et la correspondance; le plaidoyer en faveur de la diversité des identités
sexuelles et la défense de l'égalité des sexes et l'éradication de la violence fondée sur le genre (tel qu’indiqué
dans la décision T-289/2021) bénéficient tous d'une protection constitutionnelle spéciale.
En outre, la Cour a également soutenu, conformément à la jurisprudence de la Cour interaméricaine des droits
de l’Homme (CIDH) dans des affaires telles que Ivcher Bronstein c. Pérou, Mauricio Herrera Ulloa c. Costa
Rica, Ricardo Canese c. Paraguay, et Kimel c. Argentine, que les personnes qui ont une influence sur des
questions d’intérêt public « sont exposées à un degré plus élevé d’examen et s’exposent plus aux critiques
puisque leurs activités échappent au domaine privé et font partie du débat public » [para. 198].
Par la suite, la Cour s'est penchée spécifiquement sur la liberté de la presse. À ses yeux, la presse remplit
plusieurs fonctions dans les démocraties, telles que l'éducation, la promotion du débat et du dialogue civique,
et le contrôle public.
La Cour a ensuite expliqué, sur la base des critères énoncés dans les affaires Granier (Radio Caracas
Televisión) c. Venezuela (CIDH) et Verlagsgruppe Droemer Knaur Gmbh & co. Kg c. Allemagne (Cour
européenne des droits de l’Homme), que le principe de véracité n’exige pas que l’information soit
irréfutablement vraie, mais plutôt qu’elle ait été vérifiée et comparée avec différentes sources, qu'il n'y ait
aucune intention de diffuser de fausses conclusions et aucune intention malveillante de porter atteinte au droit
à l’honneur, à la vie privée ou à la bonne réputation d’autrui. Quant au principe d’impartialité, il est respecté
lorsque l’information est présentée de manière complète.
La Cour a indiqué que même si la censure est interdite, la responsabilité peut être prouvée et des sanctions
imposées. La responsabilité civile et pénale peut être engagée en cas d'abus de la liberté d'expression.
Néanmoins, la Cour a soutenu que les sanctions sévères sont interdites, car elles peuvent avoir un effet
dissuasif conduisant à la censure ou à l'autocensure.
La Cour a jugé que la vie privée, l'honneur et la réputation bénéficient d'une protection constitutionnelle en
vertu de l'article 15 de la Constitution politique de Colombie. Malgré cela, la Cour a noté que conformément
à la décision SU-1723/2000, la liberté d’expression a préséance sur les droits susmentionnés, à moins qu’il
n’y ait des preuves que des faits faux, partiels, incomplets ou inexacts ont été présentés avec l’intention de
nuire aux droits fondamentaux.
D’après la Cour, la nature de l'information diffusée, son degré de diffusion, les moyens utilisés pour la diffuser
et la position sociale de la personne dont les droits sont affectés sont tous des critères pertinents à prendre en
compte lors de l'analyse de cas spécifiques où la liberté d'expression entre en conflit avec des droits tels que
la vie privée, l'honneur et la réputation.
En ce qui concerne la présomption d'innocence, la Cour a estimé que les journalistes devraient s'abstenir
d'affirmer que des personnes ont été condamnées pénalement s'il n'existe pas de décision judiciaire en la
matière. En outre, la Cour a jugé que les journalistes doivent être rigoureux dans leur langage et « adopter le
conditionnel et des formes linguistiques dubitatives » [para. 242] lorsqu'ils font référence à des personnes qui
n'ont pas été sanctionnées par le système judiciaire. Cela dit, la Cour, conformément à sa jurisprudence dans
des affaires comme T-040/2013, SU-274/2019 et T-275/2021, a considéré que les médias ont « le droit et le
devoir de dénoncer publiquement les situations irrégulières dont ils ont connaissance » [para. 242] sans avoir
à attendre une décision judiciaire pour signaler un crime parce que « la vérité n’est pas le domaine exclusif
des
pouvoirs
publics
»
[par.
242].