ARRÊT CENGİZ ET AUTRES c. TURQUIE
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l’ingérence. En tout état de cause, pour le Gouvernement, ils n’ont pas étayé
leur allégation de violation de l’article 10 de la Convention.
43. Si toutefois la Cour considérait qu’il y a eu ingérence au sens de
l’article 10 de la Convention, le Gouvernement soutient que pareille
ingérence était prévue par la loi et qu’elle visait les objectifs légitimes
énumérés au paragraphe 2 de cet article. Quant à la question de savoir si la
mesure considérée était « nécessaire » au sens de l’article 10, le
Gouvernement estime qu’un juste équilibre a été ménagé entre les intérêts
contradictoires en présence. De plus, la procédure aurait été équitable à tous
les niveaux, les deux instances concernées ayant rendu des décisions selon
lui motivées de façon complète et détaillée. Ainsi, compte tenu également
de la marge d’appréciation reconnue aux autorités, l’ingérence alléguée
aurait été proportionnée au but légitime poursuivi et « nécessaire dans une
société démocratique ».
44. Le Gouvernement indique plus particulièrement que les acteurs de
l’Internet mentionnés à l’article 2 de la loi no 5651 ont été définis en
harmonie avec les normes de l’Union européenne et que les obligations de
ces acteurs et les sanctions qui leur seraient applicables sont explicitement
réglementées par la loi. En répondant à la nécessité d’adopter ces textes
juridiques, la Turquie aurait réalisé des progrès significatifs dans la fixation
par la loi des limites du droit et des libertés fondamentales conformément
aux normes nationales et internationales. À cet égard, le blocage de l’accès à
un site web aurait été envisagé non pas en premier mais en dernier recours
dans le cadre de la lutte contre la diffusion de contenus préjudiciables.
45. Le Gouvernement indique ensuite que la loi no 5651 énumère les
types d’infractions qui peuvent donner lieu à une décision de blocage
d’accès selon la procédure dite de « notification et retrait ». Cette procédure
tendrait notamment à éviter les inconvénients d’un blocage général de
l’accès à un site. Par ailleurs, les sites aux contenus préjudiciables basés
dans le pays ou à l’étranger auraient été éliminés par l’application de cette
procédure.
46. Le Gouvernement indique enfin que, récemment, d’importantes
modifications ont été apportées à la loi no 5651. Il précise cependant que la
technologie de filtrage d’URL pour les sites basés à l’étranger n’est pas
disponible en Turquie.
2. Appréciation de la Cour
a) Sur l’existence d’une ingérence
47. La Cour note que, par une décision adoptée le 5 mai 2008, le tribunal
d’instance pénal d’Ankara a ordonné, en vertu de l’article 8 §§ 1 b), 2, 3 et 9
de la loi no 5651, le blocage de l’accès à YouTube au motif que le contenu
de dix fichiers vidéo disponibles sur ce site avait violé la loi no 5816
interdisant l’outrage à la mémoire d’Atatürk. Le premier requérant a formé
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